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Malaurie, Jean (1922-....)

Biographie

Né à Mayence, dans une famille catholique française universitaire (histoire), d’ascendance normande (cauchoise) et écossaise, Jean Malaurie est marqué, durant son enfance, par la pensée légendaire des châteaux du Rhin. Préparant en 1943, le concours de l’École normale supérieure Ulm, au lycée Henri-IV (Paris), il est mobilisé en juin 1943, pour le Service du travail obligatoire (STO), mais refuse d'intégrer cette organisation et entre dans la clandestinité jusqu’au mois d'août 1944, période durant laquelle il est recherché par la police du régime de Vichy.

Il fait ses études supérieures à l’Institut de géographie de l’Université de Paris, et a pour maître Emmanuel de Martonne, qui, quinze ans auparavant, a été le maître de Julien Gracq. En 1948, Emmanuel de Martonne le nomme géographe/physicien des Expéditions polaires françaises, dirigées par Paul-Émile Victor, sur la côte ouest et l’inlandsis du Groenland. Il accomplit deux missions (printemps/automne 1948 et printemps/automne 1949) avec les Expéditions polaires françaises (île Disko sud, Skansen).

Après deux missions géomorphologiques et géocryologiques pour le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), en solitaire durant les hivers 1949 et 1950 dans le désert du Hoggar (Algérie, Sahara), il part en mission à Thulé au Groenland en juillet 1950. Il dirige seul, pour le CNRS, la « première mission géographique et ethnographique française dans le nord du Groenland ». Il établit sur quatre générations, la première généalogie d'un groupe de 302 Inughuits, peuple le plus septentrional de la Terre, et met à jour une planification tendancielle afin d'éviter les risques de consanguinité (interdiction des unions jusqu’au cinquième degré).

Géomorphologue dans le Grand Nord du Groenland, il a levé la carte (topographie, géomorphologie des éboulis et de la nivation, glaces de mer) au 1:100 000 sur trois cents kilomètres de côte et sur trois kilomètres d’hinterland, de la Terre d’Inglefield et au nord du glacier Humboldt, au sud de la Terre de Washington (cap Jackson, 80° N), il a découvert des fjords et des littoraux jusqu'alors inconnus, auxquels il a été autorisé de donner des noms français, comme le fjord de Paris, ou de ses compagnons Inuits, tel que celui du célèbre chaman Uutaaq. Il a réalisé des études géomorphologiques détaillées des éboulis et des écosystèmes géocryologiques en haute latitude dont il précise les logiques de strates et de cycles ; ce sera l’objet de sa thèse : Thèmes de recherche géomorphologique dans le nord-ouest du Groenland. Il sera fait docteur d’État de géographie de la Faculté des lettres de l'université de Paris (Institut de géographie) le 9 avril 1962.

L’Inuit Kutsikitsoq et lui sont les deux premiers hommes au monde à avoir atteint le 29 mai 1951, le pôle nord magnétique, {{Coord}}, avec deux traîneaux à chiens. Le 16 juin 1951, il découvre à Thulé, une base militaire américaine construite secrètement pour accueillir des bombardiers nucléaires, et décide de prendre publiquement position contre l’implantation de cette base, au sujet de laquelle la population locale n’a pas été consultée.

Il publie ainsi, en 1955, Les Derniers rois de Thulé, livre fondateur de la collection Terre Humaine, aux éditions Plon, ouvrage qui sera suivi d’autres classiques tels Tristes Tropiques de Claude Lévi-Strauss, Les Immémoriaux de Victor Segalen, Ishi, Testament du dernier Indien sauvage de l'Amérique du Nord de Theodora Kroeber, ou encore Affables Sauvages de Francis Huxley, Soleil Hopi de Don C. Talayesva, Pour l’Afrique, j’accuse de René Dumont et Carnets d’enquêtes d’Émile Zola. Terre Humaine a pour vocation de décentrer notre vision d’Occidentaux. Élu en 1957, sur recommandation de Fernand Braudel et de Claude Lévi-Strauss, à la première chaire de géographie polaire de l’histoire de l’Université française, créée pour l’occasion à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), il fonde en 1958 le Centre d’études arctiques, et lance, en 1960, Inter-Nord, la grande revue arctique du CNRS.

En 1968-1969, il dirige la section française de la Commission gouvernementale franco-québécoise, au moment de la création du territoire autonome du Nouveau-Québec, appelé plus tard Nunavik. Les recommandations, publiées dans l’ouvrage Du Nouveau-Québec au Nunavik, 1964-2004, une fragile autonomie et dans le cahier spécial « Nunavik/Ungava » de la revue Inter-Nord n°20, visaient à assurer l’autonomie immédiate de ce territoire et à insuffler une réforme pédagogique profonde de l’enseignement. Elles ont contribué à l’élaboration du statut des territoires arctiques canadiens, inspiré principalement par Charlie Watt, sénateur inuit à Ottawa.

Jean Malaurie a dirigé la première expédition soviéto-française en Tchoukotka sibérienne en 1990, à la suite de la requête du gouvernement soviétique et de l’académicien Dimitri Likhatchev, conseiller scientifique de Mikhaïl Gorbatchev. Il découvre en août 1990 l’Allée des baleines, monument du nord-est sibérien d'esprit chamanique, ignoré jusqu'à son identification, en 1977, par l’archéologue soviétique Sergueï Arutiunov. Il a fondé en 1992, l’Académie polaire d’État à Saint-Pétersbourg, école des cadres sibériens d’environ mille élèves internes, cinq facultés, quarante-cinq ethnies ; la langue française y est la première langue étrangère, obligatoire. Il en est le Président d’Honneur à Vie.

Au cours de trente et une missions, du Groenland à la Sibérie, il a enseigné une méthode — l’anthropogéographie de la pierre à l’homme — rappelant que les peuples arctiques ne peuvent être compris dans leur histoire, leurs rituels, leur sociologie, que dans le cadre d’une réflexion sur les relations dialectiques avec l'environnement physique, la faune et la flore. Ces observations sont liées au concept de Gaïa, selon les conclusions de J. E. Lovelock, partagées par Jean Malaurie : la Terre serait « un système physiologique dynamique qui inclut la biosphère et maintient notre planète depuis plus de trois milliards d'années, en harmonie avec la vie ».

Jean Malaurie est un défenseur des droits des minorités arctiques, menacées par la mise en valeur industrielle et pétrolière du Grand Nord. La mondialisation, suivie de l'unification des cultures, est un malheur : « Je ne cesserai de plaider contre la mondialisation. Le pluralisme culturel est la condition du progrès de l'humanité. ». Il a été et est le consultant des quatre gouvernements : États-Unis, Canada, Danemark, Russie. En 2007, il a été nommé Ambassadeur de bonne volonté pour les régions arctiques (domaines des sciences et de la culture) à l’UNESCO où il a été invité à présider le premier congrès international pour l’Arctique de l’UNESCO : Climate change and Arctic sustainable development : scientific, social, cultural and educational challenges qui s’est tenu à Monaco, du 3 au 6 mars 2009. À son initiative et en collaboration avec l’UNESCO, un congrès international axé sur les peuples circumpolaires a eu lieu en partie au Groenland en 2011

Depuis 2007, il est aussi le président d'honneur de l'Uummannaq Polar Institute, institution ayant pour vocation la conservation de la culture groenlandaise locale et la promotion de programmes éducatifs pour les jeunes Inuits. En 2010, il fonde également à Uummannaq (Groenland), le Pôle Inuit – Institut Jean Malaurie. Écrivain, il a notamment publié Les Derniers Rois de Thulé (1955), traduit en vingt-trois langues, l’ouvrage le plus diffusé sur le peuple inuit. Ce livre a fait l’objet d’un film et une bande dessinée est en préparation. Outre une dizaine de livres, il a publié plus de cinq cents articles scientifiques qui ont été rassemblés avec des inédits en six volumes à paraître aux Éditions du CNRS ainsi qu'aux Éditions Armand Colin.

Figure de proue de la recherche polaire française dans la lignée du Commandant Charcot, capitaine du Pourquoi-Pas ?, il habite aujourd'hui à Dieppe, en Normandie, et se prépare à vivre la fin de sa vie à Uummannaq, sur la côte nord-ouest du Groenland, où un musée Jean Malaurie a été créé dans une maison de tourbe reconstituant sa base d'hivernage, à Siorapaluk, en 1950-1951.

Il est grand officier de la Légion d'honneur, titulaire de la Grande Médaille d’Or de la Ville de Saint-Pétersbourg, de la Médaille d’Or de la Royal Geographical Society de Londres, décernée par la reine, de la médaille de l’Ours, haute distinction du gouvernement du Groenland, de la Mungo Park Medal, remise en 2005 par The Royal Scottish Geographic Society ainsi que de nombreuses autres distinctions étrangères.

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