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Lévi-Strauss, Claude (1908-2009)

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Biographie

Enfance et formation

Claude Lévi-Strauss naît Gustave Claude Lévi le 28 novembre 1908 à Bruxelles où résidaient brièvement ses parents : Raymond Lévi, artiste peintre portraitiste (petit-fils d'Isaac Strauss, chef d'orchestre à la cour de Louis-Philippe puis de Napoléon III) qui utilise « Lévi-Strauss » comme nom d'usage, et Emma Lévy{{,}}, eux-mêmes cousins issus de germains, de familles juives alsaciennes{{,}} (c'est en 1961 seulement que Claude Lévi-Strauss obtiendra du Conseil d'État l'officialisation de son nom d'usage hérité de son père). La famille se réinstalle à Paris peu après la naissance de l'enfant, et connaît d'importantes difficultés financières avec le déclin du portrait peint sous l'influence nouvelle de la photographie. Influencé par les impressionnistes, Raymond Lévi donne à son fils unique des estampes japonaises en récompense de ses succès scolaires. Durant la première guerre mondiale, Emma Lévy se réfugie avec le jeune Claude chez son propre père, rabbin de la synagogue de Versailles.

Après le retour de la famille à Paris après la guerre, dans le {{16e}} arrondissement, Claude Lévi-Strauss suit ses études secondaires d'abord au lycée Janson-de-Sailly puis au lycée Condorcet. À la fin de ses années de lycée, il rencontre un jeune socialiste d'un parti belge et s'engage alors à gauche. Il découvre rapidement les références littéraires de ce parti qui lui étaient jusqu'alors inconnues, incluant Karl Marx et Karl Kautsky. Il est ensuite militant au sein de la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO), chargé d’animer le Groupe d’Études Socialistes, puis d'assumer le rôle de Secrétaire Général des Étudiants Socialistes. En 1928, il devient secrétaire parlementaire du député socialiste Georges Monnet. Il poursuit ses études à la Faculté de droit de Paris, où il obtient sa licence, avant d'être admis à la Sorbonne. Il est reçu troisième à l'agrégation de philosophie en 1931. Il se marie en 1932 à Dina Dreyfus, une ethnologue française qui l'initie et le convertit à cette discipline. Il est alors proche de faire une carrière politique à l'instar des nombreuses personnes qu'il fréquente dans ces années. Il se décrira lui-même plus tard comme un anarchiste de droite.

Missions ethnographiques et premières fonctions académiques

Caduveo]], du Mato Grosso brésilien

Après deux ans d'enseignement de la philosophie au lycée Victor-Duruy de Mont-de-Marsan et au lycée de Laon, Lévi-Strauss accepte la proposition du directeur de l'École normale supérieure, Célestin Bouglé de participer à la mission universitaire au Brésil. Il quitte alors l'enseignement de la philosophie et la vie politique et part en 1935 avec son épouse en tant que professeur de sociologie à l'université de São Paulo. De là, ils organisent et dirigent plusieurs missions ethnographiques dans le Mato Grosso et en Amazonie: « L'ethnologie jette un pont entre psychanalyse et marxisme d'un côté, géologie de l'autre. Lévi-Strauss a trouvé la science dans laquelle se marient toutes ses passions antérieures ».

Une première mission a lieu en 1935-1936, auprès des indiens Caduveo et Bororo. Une deuxième expédition est lancée en 1938, dans des conditions matérielles également difficiles; les ethnologues rencontrent les Nambikwara dont ils rapportent une documentation fournie et 200 photos. En raison d'une infection des yeux, plusieurs membres de l'équipe, parmi lesquels Dina Lévi-Strauss, doivent abandonner la mission. Claude Lévi-Strauss poursuit l'expédition avec quelques compagnons; ils visitent les peuples autochtones {{Lien}} et Tupi Kawahib dans l'État du Rondônia.

De retour en France à la veille de la seconde guerre mondiale, Lévi-Strauss est mobilisé en 1939-1940 sur la ligne Maginot comme agent de liaison, puis affecté au lycée de Montpellier, après sa révocation en 1940 en raison des lois raciales de Vichy. Il se sépare de son épouse Dina et quitte la France en 1941 pour se réfugier à New York, alors haut lieu de bouillonnement culturel. En 1942, il rallie la France libre, l'organisation de résistance extérieure fondée par le général de Gaulle et travaille comme speaker à l’Office of War Information puis enseigne à la New School for Social Research. La rencontre avec Roman Jakobson (qui lui est présenté par Alexandre Koyré), dont il suit les cours et devient un proche, est décisive au plan intellectuel: la linguistique structurale lui apporte les éléments théoriques qui lui faisaient défaut pour mener à bien son travail d'ethnologue sur les systèmes de parenté. Il s'attelle alors à la mise en forme rédactionnelle des matériaux ethnographiques rapportés du Brésil. Parallèlement, il s'engage auprès des Forces françaises libres, et est affecté à la mission scientifique française aux États-Unis. Il fonde avec Henri Focillon, Jacques Maritain, Jean Perrin et d'autres l'École libre des hautes études de New York en février 1942.

Apogée scientifique

Rappelé en France en 1944 par le ministère des Affaires étrangères, il retourne aux États-Unis en 1945 pour y occuper les fonctions de conseiller culturel auprès de l'ambassade de France, et poursuivre grâce à la richesse des bibliothèques américaines l'écriture de son premier grand ouvrage ethnologique sur la parenté, avec le projet d'en faire une thèse universitaire. Divorcé de sa première femme Dina, il épouse en 1946 Rose-Marie Ullmo, avec qui il a un fils, Laurent, l'année suivante. La rédaction de sa thèse Les Structures élémentaires de la parenté achevée, il rentre en France avec sa famille au tout début de 1948. En 1949, il soutient et publie sa thèse, devient sous-directeur du musée de l'Homme, puis, sollicité par Lucien Febvre, il obtient une chaire de directeur d'études à la {{Ve}} section de l'École pratique des hautes études. En 1954, il épouse en troisième noce Monique Roman, avec qui il aura un second fils, Matthieu.

Il publie en 1955 dans la collection Terre Humaine (créée par Jean Malaurie chez Plon) Tristes Tropiques, livre à mi-chemin de l'autobiographie, de la méditation philosophique et du témoignage ethnographique, qui connaît un énorme succès public et critique : de Raymond Aron à Maurice Blanchot, de Georges Bataille à Michel Leiris, de nombreux intellectuels applaudissent à la publication de cet ouvrage qui sort des sentiers battus de l'ethnologie. Avec la publication de son recueil dAnthropologie structurale en 1958, il jette les bases de son travail théorique en matière d'étude des peuples premiers et de leurs mythes.

Fronton du Collège de France. En 1959, après deux échecs, il est élu professeur au Collège de France, à la chaire d'anthropologie sociale. À l'été 1960 est mise en place la structure d'un laboratoire d'anthropologie sociale qui relève à la fois du Collège de France et de l'École pratique des hautes études. Il propose à l'anthropologue Isac Chiva de codiriger ce laboratoire d'anthropologie sociale. Il obtient de Fernand Braudel que le seul exemplaire européen des {{Lien}} produit par l'Université Yale soit confié au nouveau laboratoire, ce qui fait de cette nouvelle structure « avant même d'avoir lancé recherches et missions […] un centre de référence en matière ethnographique ».

Il fonde en 1961 avec Émile Benveniste et Pierre Gourou la revue L'Homme qui s'ouvre aux multiples courants de l'ethnologie et de l'anthropologie, et cherche à favoriser l'approche interdisciplinaire. Du début des années 1960 au début des années 1970, il se consacre à l'étude des mythes, en particulier la mythologie amérindienne. Ces études – les Mythologiques – donnent lieu à la publication de plusieurs volumes dont le premier, Le Cru et le Cuit, paraît en 1964. Il donne de nombreux entretiens à la presse grâce auxquels il peut présenter « sous une forme vulgarisée les idées qui lui tiennent à cœur » et à ce titre, « dans les années 1960, avant que l'écologie ne devienne une idéologie et un parti […] Lévi-Strauss, par ses vues distantes et sévères, lui a sans doute donné, hors de tout effet de pathos, sa formulation la plus radicale ». Lévi-Strauss fut un précurseur dans le domaine de l'écologie, il a notamment œuvré à la réhabilitation de la pensée primitive. Il fut également membre du conseil d'administration du Centre Royaumont pour une Science de l’Homme.

Il est élu en mai 1973 à l'Académie française. Comme le veut la tradition, il fait l'éloge de son prédécesseur, Henry de Montherlant, et Roger Caillois prononçant – à la demande de Lévi-Strauss – le discours de « réponse », en profite pour lancer « une série de flèches empoisonnées » sur sa méthode et ses présupposés scientifiques. Son entrée à l'Académie française suscite autant d'interrogations au sein de la Coupole que parmi ses amis et collaborateurs.

Lévi-Strauss poursuit ses recherches sur la mythologie : Myth and Meaning (1978), La potière jalouse (1985), et enfin Histoire de Lynx (1991) qui clôt un travail entamé quarante ans plus tôt. En 1982, il prend sa retraite et quitte son poste au Collège de France. Il pèse de toute son influence pour que Françoise Héritier, sa collaboratrice de longue date, lui succède. Il continue cependant à venir au moins une fois par semaine au laboratoire pour y recevoir de jeunes chercheurs, « toujours prêt à échanger » comme le souligne Françoise Héritier.

Dernières années

À partir de 1994, Claude Lévi-Strauss publie moins. Il continue toutefois à donner régulièrement des comptes rendus de lecture pour la revue L'Homme. En 1998, à l'occasion de son quatre-vingt-dixième anniversaire, la revue Critique lui dédie un numéro spécial dirigé par Marc Augé, et une réception a lieu au Collège de France. Lévi-Strauss évoque sans détour la vieillesse et déclare notamment : « [il y a] aujourd'hui pour moi un moi réel, qui n'est plus que le quart ou la moitié d'un homme, et un moi virtuel qui conserve encore une vive idée du tout. Le moi virtuel dresse un projet de livre, commence à en organiser les chapitres, et dit au moi réel : « C'est à toi de continuer. » Et le moi réel, qui ne peut plus, dit au moi virtuel : « C'est ton affaire. C'est toi seul qui vois la totalité. » Ma vie se déroule à présent dans ce dialogue très étrange. »

Il donne pour un numéro de L'Homme d'avril-septembre 2002 consacré à « La question de parenté » une postface dans laquelle il se félicite de constater que les lois et règles de fonctionnement qu'il a mises au jour « restent au cœur des travaux contemporains ».

Au début de l'année 2005, lors d'une de ses dernières apparitions à la télévision française, il déclare, reprenant en des termes très proches un sentiment qu'il avait déjà exprimé en 1972 (entretien avec Jean José Marchand) et en 1984 (entretien avec Bernard Pivot) : « Ce que je constate : ce sont les ravages actuels ; c'est la disparition effrayante des espèces vivantes, qu'elles soient végétales ou animales ; et le fait que du fait même de sa densité actuelle, l'espèce humaine vit sous une sorte de régime d'empoisonnement interne – si je puis dire – et je pense au présent et au monde dans lequel je suis en train de finir mon existence. Ce n'est pas un monde que j'aime ».

En mai 2008, une partie de son œuvre, sélectionnée par Lévi-Strauss lui-même, est publiée dans un volume de la Bibliothèque de la Pléiade sous le titre dŒuvres. Le choix de la collection prestigieuse de la maison Gallimard apparaît à Emmanuel Désveaux comme un « embaumement de l’œuvre lévi-straussienne » et l'ensemble du projet éditorial ne permet pas à ses yeux de faire efficacement place à la réflexion anthropologique « extrêmement puissante » de l'auteur. C'est également le sentiment de Maurice Bloch qui remarque, de concert avec l'introduction « impertinente » rédigée par Vincent Debaene pour ce volume, que la « France préfère de loin se représenter ses grands scientifiques et penseurs en grandes figures littéraires plutôt que les célébrer pour ce qu'ils ont dit ou découvert ».

Le {{date}}, à l'occasion de son centenaire, de nombreuses manifestations sont organisées. Le musée du quai Branly lui dédie une journée au cours de laquelle, devant une affluence record, des écrivains, des scientifiques et des artistes lisent un choix de ses textes. L'Académie française l'honore également, le 27 novembre, en fêtant le premier centenaire de son histoire. La Bibliothèque nationale de France organise une journée au cours de laquelle les visiteurs découvrent les manuscrits, les carnets de voyages, les croquis, les notes, et même la machine à écrire, de l'anthropologue.

Le président de la République, Nicolas Sarkozy, se rend au domicile parisien de Lévi-Strauss en compagnie d'Hélène Carrère d'Encausse pour s'entretenir avec lui de « l'avenir de nos sociétés ».

La ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, Valérie Pécresse, annonce pour son centenaire la création d’un Prix Claude Lévi-Strauss, d’un montant de 100000 euros qui doit récompenser chaque année le « meilleur chercheur » dans les disciplines telles que l’histoire, l’anthropologie, les sciences sociales ou l'archéologie. Son premier lauréat est, en juin 2009, l'anthropologue Dan Sperber.

Lignerolles (Côte-d'Or), où Claude Lévi-Strauss est inhumé Claude Lévi-Strauss meurt le vendredi 30 octobre 2009 d'une crise cardiaque{{,}} en son domicile du 2 rue des Marronniers dans le {{16e}} arrondissement de Paris{{,}}{{,}}. Il est inhumé dans l'intimité à Lignerolles (Côte-d'Or) trois jours plus tard. À l'annonce de son décès le 3 novembre 2009, Roger-Pol Droit dresse pour Le Monde le portrait d'un homme qui « ne dissociait pas la défense de la diversité culturelle et celle de la diversité naturelle ». Robert Maggiori, pour Libération, estime que l'héritage le plus « sacré » de Lévi-Strauss « est l’idée que les cultures ont la même force et la même dignité, parce qu’on trouve en chacune, aussi éloignée soit-elle des autres, des éléments poétiques, musicaux, mythiques qui sont communs ». Dans The Guardian, Maurice Bloch souligne que, malgré l'étiquette structuraliste utilisée par de nombreux auteurs, Lévi-Strauss n'a pas fait réellement école, et demeure une « figure solitaire, mais imposante, de l'histoire de la pensée », en raison notamment de son positionnement philosophique naturaliste.

Depuis, son œuvre reste saluée dans le monde entier pour son importance décisive dans l'histoire de l'anthropologie et de l'ethnologie. Françoise Héritier, qui lui a succédé au Collège de France, résume ainsi son héritage : « Nous avons découvert avec stupéfaction qu'il y avait des mondes qui n'agissaient pas comme nous. Mais aussi que derrière cette différence apparente, derrière cette rupture radicale avec notre propre réalité, on pouvait mettre en évidence des appareils cognitifs communs. Ainsi, nous prenions à la fois conscience de la différence et de l'universalité. Tel est son principal legs, encore aujourd'hui : nous sommes tous très différents, oui, mais nous pouvons nous entendre, car nos structures mentales fonctionnent de la même manière. » Elle confie encore : « Bien sûr, dans les rapports individuels, il fut un être d'amitié, de confiance, qui a toujours protégé celles et ceux qui ont travaillé avec lui. Mais il n'a jamais accepté la moindre familiarité. Il avait un regard d'éléphant, avec ce petit œil perçant qui vous mettait à nu. Quand on était en face de lui, on se désagrégeait, il fallait beaucoup de courage pour se reconstituer. Du reste, en dehors de sa famille ou de ses camarades d'école, y a-t-il eu des personnes qui ont tutoyé Lévi-Strauss ? J'en doute. »

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les structures élémentaires de la parenté, chapitres I et II
LivresDisponible (1)
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entretiens interactifs, entretien avec Claude Lévi-Strauss
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l'univers du masque dans les collections du musée international du Carnaval et du Masque de Binche
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