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Racine, Jean (1639-1699)

Biographie

Né dans une famille de notables de La Ferté-Milon : son père était greffier et ses deux grands-pères occupaient des positions-clés au grenier à sel de La Ferté-Milon et de Crépy-en-Valois ; l'on vit longtemps, sur la façade de la maison des Racine, rue de la Pêcherie, leurs armes parlantes : d'azur, au rat et au cygne d'argent. Orphelin à l'âge de trois ans (sa mère décède en 1641 et son père en 1643), il est recueilli par ses grands-parents paternels Jean Racine et Marie Desmoulins. Il semble être entré très tôt aux petites écoles de Port-Royal (peu après que sa jeune tante eut été accueillie comme professe au monastère de Port-Royal de Paris). Devenu le pupille de son riche et puissant grand-père maternel (Pierre Sconin) à la mort du grand-père Racine en 1649, il est laissé quelque temps à Port-Royal, avant d'être envoyé faire ses humanités et sa rhétorique au collège de la ville de Beauvais. Au lieu d'y faire ses deux années de philosophie, il retourne à Port-Royal, où sa grand-mère avait rejoint sa fille qui y était religieuse. Les petites écoles ayant été fermées sur ordre royal, il y est éduqué presque seul et reçoit ainsi de solides leçons des meilleurs pédagogues du temps, et à la différence de la presque totalité des écoliers de son temps il apprend le grec ancien, l'italien et l'espagnol. Il a pour maîtres les célèbres Claude Lancelot, Pierre Nicole et Antoine Le Maistre, ainsi que Jean Hamon. Cependant, le théâtre y était totalement absent, car les jansénistes considéraient que, plus que toute autre forme de fiction, il empoisonne les âmes. Il est ensuite envoyé compléter sa formation au collège d'Harcourt et il y fait ses deux années de philosophie.

À 18 ans, Racine est donc orphelin et dépourvu de biens (mais non pas pauvre, contrairement à la légende, car il est toujours soutenu par son riche tuteur), mais possède à la fois un très vaste savoir (il connaît, outre le latin et le grec, l'italien et l'espagnol) et les plus grandes qualités de « civilité » (un des points forts de l'enseignement à Port-Royal). Il peut en outre s'appuyer sur le réseau de relations des jansénistes. Il découvre la vie mondaine grâce à son cousin Nicolas Vitart qui l'héberge dans ses appartements de l'Hôtel de Luynes (où il réside en tant qu'intendant du duc de Luynes). C'est là qu’il écrit ses premiers poèmes, dans la veine galante, telle qu'on la pratiquait alors dans tous les salons. Bien conseillé par Vitart, il ne laisse pas passer l'occasion de se faire remarquer à l'occasion du mariage de Louis XIV : à l'été 1660, il soumet à l'académicien Jean Chapelain un long poème encomiastique dédié à la Reine, La Nymphe de la Seine. Chapelain le corrige et l'encourage et le poème est bientôt imprimé (à compte d'auteur, sans doute avec l'aide de Vitart, qui semble n'avoir ménagé ni son admiration ni son argent pour son jeune cousin).

La même année, il écrivit sa première pièce de théâtre, une Amasie, dont on ne sait rien, sinon qu'elle a été refusée par le directeur du Théâtre du Marais auquel elle avait été soumise. Quelques mois plus tard, au printemps 1661, il se lança dans un nouvel essai théâtral, consacré à Ovide et à la « seconde Julie » (la petite-fille de l'empereur Auguste); le projet est bien accueilli par la troupe de l'Hôtel de Bourgogne; mais tombé gravement malade d'une fièvre qui sévit dans tout le nord de la France, il ne peut l'achever, et il est envoyé passer sa convalescence à Uzès.

Le choix d'Uzès s'explique par le fait que l'un de ses oncles, le Père Sconin, y réside, et espère pouvoir lui faire obtenir l'un de ses bénéfices ecclésiastiques, ce qui permettrait à Racine de pouvoir se consacrer pleinement à l'écriture tout en étant assuré sur le plan matériel par le revenu d'une cure ou d'un prieuré (il suffisait pour cela d'étudier un peu de théologie, de recevoir la tonsure et de porter un discret habit à petit collet). Il recommence à écrire des vers, mais ne reprend pas sa pièce de théâtre sur Ovide, et se désespère loin de ses amis dans sa lointaine province, d'autant que les affaires de son oncle sont embrouillées et qu'il voit la perspective d'obtenir rapidement le bénéfice du Père Sconin s'éloigner. Rentré à Paris bredouille près de deux ans plus tard (printemps de 1663) — mais Vitart et le Père Sconin continuent à s'activer pour ce bénéfice dans la coulisse, et il finira par l'obtenir, sans quitter Paris, en 1666 —, il profite d'une rougeole royale vite guérie pour se faire remarquer à nouveau par un deuxième poème d'éloge, Ode sur la Convalescence du Roi (elle aussi encouragée et retouchée par Chapelain). Grâce à elle (et à Chapelain) il est inscrit durant l'été (1663) sur la première liste des gratifications royales pour la somme de 600 livres. Il remercie aussitôt avec une nouvelle ode, la Renommée aux Muses, qui lui permet d'être présenté au duc de Saint-Aignan, puis au roi, tout en préparant sa première tragédie, la Thébaïde, qui, achevée en décembre et acceptée par l'Hôtel de Bourgogne (mais programmée pour de longs mois plus tard) est finalement créée en juin 1664 par la troupe de Molière au Palais-Royal — l'interdiction de Tartuffe, qui, après sa première représentation à la Cour le 12 mai 1664 devait être créé en juin au Palais-Royal avait créé un trou dans la programmation. La pièce, ainsi apparue sur la scène à la plus mauvaise période de l'année pour une tragédie, obtient un succès très moyen.

En décembre 1665, il fait jouer Alexandre le Grand qui obtient un succès considérable sur la scène du Palais-Royal. Elle est confiée quelques jours plus tard, en pleine exclusivité, à la troupe de comédiens la plus admirée dans le genre tragique, à l'Hôtel de Bourgogne, sans doute pour permettre à Louis XIV (à qui la pièce devait être présentée dans une représentation privée) de se reconnaître dans Alexandre incarné par le célèbre Floridor, alors considéré comme le meilleur acteur tragique de son temps. Les comédiens en profitent (avec la bénédiction de Racine) pour monter la pièce aussitôt après sur la scène même de l'Hôtel de Bourgogne, ce qui provoque l'effondrement des recettes au Palais-Royal, qui au bout de quelques jours renonce à garder la pièce à l'affiche. C'est cette affaire qui entraîna une brouille définitive entre Molière et Racine.

Prenant pour lui une attaque de son ancien maître Pierre Nicole contre les auteurs de théâtre traités d'« empoisonneurs des âmes », et furieux de se voir mis en cause au moment où il accède à la gloire, Racine publie un pamphlet contre Port-Royal et ses anciens maîtres et, malgré l'intercession de Nicolas Vitart, se brouille avec Port-Royal, au plus fort des persécutions contre le monastère et les Messieurs. Il rédige un second pamphlet, qu'il menace de publier mais qu'il garde finalement dans ses tiroirs (le texte ne sera publié qu'après sa mort).

Le triomphe de la tragédie Andromaque, placée sous la protection de Madame Henriette d'Angleterre, (1667) assure définitivement sa réputation et l'on commence à le présenter comme le seul digne de pouvoir être un jour comparé à Corneille. Après une unique comédie, les Plaideurs, en 1668, il donne successivement Britannicus (1669), Bérénice (1670), qui est l'occasion d'une joute théâtrale avec Corneille dont la propre pièce, Tite et Bérénice, est sous-titrée « comédie héroïque » (c'est Racine qui l'emporte indéniablement), Bajazet (début 1672), Mithridate (fin 1672), Iphigénie (1674) et Phèdre (1677). Toutes ces pièces sont créées par la troupe de l'Hôtel de Bourgogne.

Sur le plan matériel, sa petite rente de prieur de l'Épinay et les très importants revenus du théâtre (vente de chaque pièce aux comédiens, puis vente de chaque pièce aux libraires-éditeurs), aussitôt convertis en rentes à 5 %, grâce aux conseils de l'habile financier qu'était Nicolas Vitart, assurent une aisance toujours plus grande à Racine. En 1674, la faveur royale lui permet d'obtenir la charge de Trésorier général de France à Moulins (purement lucrative en ce qui le concerne, et anoblissante), ce qui le conduit à renoncer à son bénéfice ecclésiastique.

Après le grand succès de Phèdre, qui triomphe rapidement d'une Phèdre et Hippolyte concurrente due à Pradon et jouée sur le théâtre de l'Hôtel Guénégaud, Racine se tourne vers une autre activité : comme Boileau, il devient historiographe du roi, grâce à l'appui de {{Mme}} de Montespan, maîtresse du roi, et de sa sœur, {{Mme}} de Thianges. Pour préparer son entrée dans l'entourage du roi, il quitte sa maîtresse, épouse une héritière issue comme lui de la bourgeoisie de robe anoblie, Catherine de Romanet, avec qui il aura sept enfants. La correspondance révèle que le mariage d'intérêt, préparé par Nicolas Vitart, s'est mué en union amoureuse. Racine fait savoir qu'il n'écrira plus pour le théâtre afin de se consacrer entièrement à « écrire l'histoire du Roi ».

Au cours des quinze années qui suivent il ne déviera de cette entreprise — qui l'amène à suivre régulièrement Louis XIV dans ses campagnes militaires, prenant des notes et rédigeant ensuite des morceaux dont il discute sans cesse avec Boileau — qu'à quatre reprises. Une première fois en 1685 en composant les paroles de l’Idylle sur la Paix (mise en musique par Lully, à la demande du marquis de Seignelay, fils et successeur de Colbert). Puis en 1689, en écrivant à la demande de Madame de Maintenon une tragédie biblique pour les élèves de la Maison Royale de Saint-Louis, un pensionnat pour jeunes filles, à Saint-Cyr (actuelle commune de Saint-Cyr-l'École). Ce fut Esther, courte tragédie en trois actes jouée et chantée (musique de Jean-Baptiste Moreau) à plusieurs reprises en représentations privées devant le roi et un grand nombre de courtisans triés sur le volet par {{Mme}} de Maintenon durant le carnaval de 1689. Le succès de l'expérience incita {{Mme}} de Maintenon à demander à Racine de tenter de la renouveler et il écrivit une tragédie plus ambitieuse, Athalie, destinée elle aussi à être accompagnée de musique et de chants. Elle ne fut pas prête pour le carnaval de 1690 et les jeunes demoiselles de Saint-Cyr recommencèrent à jouer Esther, mais les désordres que cela provoqua dans la communauté incitèrent {{Mme}} de Maintenon à interrompre les représentations avant leur terme. Athalie ne fit donc pas l'objet d'une création en grande pompe, et le roi ne vit la tragédie qu'à l'occasion d'une répétition ouverte à la famille royale. Devenu progressivement dévot au cours des années 1680, en même temps que le roi (influencé par {{Mme}} de Maintenon), {{citation nécessaire}}(même s'il se refusait à renier son œuvre passée, qu'il polissait d'édition en édition). Mais les tragédies écrites pour Saint-Cyr furent, du point de vue de la commanditaire comme du sien, des œuvres pédagogiques et morales (auxquelles le talent de Racine ne pouvait que conférer une valeur poétique supérieure). Troisième et dernière entorse à l'écriture exclusive de l'histoire du roi, à la fin de l’été 1694 il composa — toujours à la demande de {{Mme}} de Maintenon —, quatre Cantiques spirituels, dont trois furent mis en musique par Jean-Baptiste Moreau et un par Michel-Richard de Lalande (n°II°).

Récompensé par une charge de Gentilhomme ordinaire de la Maison du Roi (1691), Racine se rapprochait toujours plus du roi, qu'il suivit régulièrement dans son petit château de Marly avec les courtisans les plus proches du couple royal, et à qui il arriva qu'il fît la lecture durant des nuits d'insomnie consécutives à une maladie, à la place des lecteurs en titre. Il obtint ensuite la survivance de cette charge pour son fils aîné Jean-Baptiste Racine, puis se sentit obligé d'acheter en 1696 une charge de Conseiller-Secrétaire du Roi qui ne lui apportait rien de plus en termes de reconnaissance et qui lui coûta une forte somme.

Depuis 1666, Racine s'était brouillé avec les jansénistes, mais il semble s'être rapproché d'eux au plus tard au lendemain de son mariage. Malgré les persécutions dont ils recommencèrent à être victimes à partir de 1679, Racine se réconcilie avec eux. Il les soutient notamment dans leurs démêlés avec le pouvoir (Louis XIV leur étant hostile). Sa présence aux funérailles d'Arnauld en 1694 confirme la réconciliation de Racine avec ses anciens maîtres. Il écrit secrètement un Abrégé de l’histoire de Port-Royal qui parut après sa mort. Surtout, neveu chéri d'une religieuse qui gravit tous les échelons de la hiérarchie du monastère de Port-Royal des Champs pour en devenir abbesse en 1689, il œuvra auprès des archevêques de Paris successifs afin de permettre au monastère de retrouver une vraie vie (depuis 1679 il lui était interdit de recevoir de nouvelles religieuses et son extinction était ainsi programmée).

Racine meurt rue des Marais-Saint-Germain à Paris (paroisse Saint-Sulpice) le {{date}}, à l'âge de cinquante-neuf ans, des suites d'un abcès ou d'une tumeur au foie. Louis XIV accéda à la demande qu'il avait formulée d'être inhumé à Port-Royal, auprès de la tombe de son ancien maître Jean Hamon. Après la destruction de Port-Royal par Louis XIV en 1710, ses cendres ont été déplacées à l'église Saint-Étienne-du-Mont de Paris).

L’affaire des poisons

Longtemps après sa mort, les historiens découvrent dans les archives de La Bastille que Racine avait été suspecté dans l'affaire des Poisons qui a éclaté entre 1679 et 1681. La Voisin avait accusé Racine d'avoir fait assassiner, dix ans auparavant, son ancienne maîtresse « Du Parc ». En réalité, l'actrice connue de Racine, nommée « Du Parc », est morte des complications d'un avortement provoqué. Elle avait été confondue avec une autre Du Parc qui était une avorteuse et victime dans l'affaire des poisons. Racine a donc été disculpé en interne par la police, sans jamais être informé des poursuites dont il aurait pu faire l'objet. En réalité, précise l'historien Raymond Picard, la lettre d'arrestation de Racine signée par Louvois était prête, mais le magistrat Bazin de Bezon ne donna pas suite.

Ses différentes maîtresses

Depuis l'époque romantique, les biographes de Racine et les critiques de son théâtre se sont étonnés qu'un homme ait pu traduire si bien la violence des passions, en particulier féminines, et ils en ont déduit qu'il devait être animé, si ce n'est par une âme féminine, du moins par un très fort penchant pour les femmes. Certains biographes ont parlé d'infidélité constante et ont mis au compte de cette légèreté sa prétendue disgrâce auprès du roi et de {{Mme}} de Maintenon à la fin de sa vie. En fait, outre que la disgrâce est une légende, on ne lui connaît que deux maîtresses avant son mariage : {{Mlle}} Du Parc, puis {{Mlle}} de Champmeslé, toutes deux comédiennes. Aucun document du {{s-}} ne permet de penser qu'il aurait été ensuite infidèle à Catherine Romanet, qu'il épousa en 1677 après avoir quitté la Champmeslé.

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Tome 2 - Poésie du XVIIe et du XVIIIe siècle
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